Femme et féminité : N’éteins pas la lumière

Que verront les érudits de demain lorsqu’ils nous étudieront ? Que leur indiqueront les portraits qu’ils retrouveront de la femme actuelle ? Celle qui probablement serait leur mère, grand-mère ou aïeule ? Lorsqu’ils seront en possession des boîtes noires et archives qui renferment les diverses pratiques et modes de vie qui cadencent le rythme de notre époque, que verront-ils ? Des femmes ayant été déterminées à illuminer de leurs talents le monde ou des dames qui se sont limitées à être ce qu’elles sont censées être selon le « lien femme-société » établi par la société ?

C’est en réponse à ces questions qu’un groupe de jeunes dames de nationalités différentes ont choisi le canal du dialogue de cultures pour aborder le thème de la revalorisation de l’identité de la femme parallèlement à celle de sa plastique. Plusieurs projets, dont un espace de discussion, des shooting photo et un spectacle de danse contemporaine intitulé « N’éteins pas la lumière » seront à cet effet mis en place. Par ce titre évocateur, il est question principalement de mettre en lumière le corps de la femme.

La distinction entre femme & féminité

modèle alex sef et danseuse chris

Modèles: Alex Sef & Estelle Foli

Le statut de femme a souvent été associé à la féminité.
De manière imagée, considérons la femme comme étant un contenant et la féminité comme un contenu. La plupart des croyances populaires définissent le contenant par rapport à son contenu ou au pourcentage de son contenu. C’est à dire que l’on pense souvent qu’une femme est femme si elle renferme un pourcentage élevé de féminité. J’affirmerai dès maintenant que cette manière de voir les choses est à la base de plusieurs complexes dont est victime la femme.
L’intensité de cette conception varie néanmoins à travers les époques. Une illustration de la femme moyenâgeuse serait presque automatiquement caractérisée par des camisoles et jupons, tandis que la femme moderne aurait une représentation un peu plus éclectique. On ne dira donc pas que les choses n’ont pas bougé depuis le temps, et c’est peut-être tant mieux.

Posons les bases en ôtant la confusion qui existe entre les concepts de femme et de féminité.
Le concept de femme est lié à des critères physiques, physiologiques et morphologiques. On naît fille et on devient femme. Par conséquent, un homme qui se sent femme n’est pas pour autant une femme et un homme « contenant » une part élevée de féminité n’est pas non plus une femme.
On comprend donc aisément que les attributs qui emmènent à qualifier une personne de féminine ou de masculine n’ont pas toujours trait à l’enveloppe corporel de cette dernière.

La féminité, une notion relative

alex sef

Alex Sef

La féminité est d’abord un concept extrêmement influencé par le facteur culture. La diversité culturelle entraîne donc logiquement une variabilité du sens de la féminité.
Certes, il existe des canons de beauté et de féminité qui semblent être communs à la majorité des cultures (maquillage, bijoux etc).
Mais au finish, est-ce uniquement une question de jupe ou de pantalon ? Puisqu’en Écosse par exemple le kilt (1) n’est en rien un symbole de féminité. Aux Congos, une catégorie de sapeurs dénommés « Japonais » se vêtissent très souvent d’une tenue qui visuellement ressemble plus à une jupe qu’à un pantalon.
En somme, ce n’est pas tant le vêtement, le maquillage, la coiffure, qui rendent une femme féminine ou masculine. Certes l’accoutrement a parfois une part de responsabilité dans l’attribution de ces deux qualificatifs, mais comme dirait l’autre, l’habit ne fait pas tout. En d’autres termes, l’apparence ne représente qu’une partie du décor. C’est ce que l’agencement de l’intérieur et de l’extérieur de la femme lui permet de dégager qui la rend féminine.
Pour preuve, j’ai rencontré des femmes aux cheveux courts qui m’ont donné envie d’en faire de même, tant ce qu’elles dégageaient était magnifique. Il y a un bon nombre de femmes qui ne s’attardent pas plus que cela sur leur maquillage mais en qui tout respire la féminité.

La féminité et les canons de beautés

alex sef et chris

Alex Sef & Estelle Foli

On a souvent entendu la féminité être réduite aux attributs morphologiques de la femme. Et encore une fois, cette conception varie selon les cultures.

En Afrique par exemple, la femme « féminine » est souvent celle que l’on peut qualifier à vue d’œil de « forme coca-Cola ». Celles aux formes généreuses et aux contours ponctués de rondeurs. En gros et d’une manière brute, la féminité est équivalente à une paire de seins et de fesses suffisamment rebondies.
Dans le monde occidental par contre, la femme « féminine » sera celle à la silhouette longiligne et aux traits affinés.
Quant au monde musulman, la femme féminine est souvent celle qui se recouvre d’une catégorie de vêtements.
En résumé, dans certaines parties du globe, on considère que le fait de se couvrir d’une certaine manière fait d’une femme, une femme féminine, et dans d’autres contrées, c’est l’aptitude de la femme à se dénuder qui la rend féminine…femme.

Ce n’est pas en soi la variabilité du concept qui pose problème. C’est la confusion qui est générée en la femme qui, pensant trouver dans ces références, le point d’ancrage de sa personnalité, se lance dans une poursuite du vent et se vide progressivement de l’essentiel.
Savez-vous ce que vous implantez en vos petites filles lorsque vous réduisez leur capacité à être femme au physique, au visible, à la « coquetterie » ? Avez-vous une idée de ce qui se passe en une jeune femme lorsque son entourage réduit sa condition de femme à ses aptitudes à devenir une « Miss » selon des standards de beauté de plus en plus aberrants ?
Eh bien vous effacez littéralement ce qu’elle est, ce qu’elle est appelée à être. A moins d’être assez mature ou forte de caractère pour pouvoir balayer ces diktats du revers de la main, elle se mettra à faire l’impossible afin de se fondre dans un moule soigneusement fabriqué par une société dont la moindre action est précédée d’un arrière-plan capitaliste. Elle devrait plutôt s’atteler à développer l’essentiel, le véritable « petit truc » qui fait d’elle non seulement une FEMME, mais aussi un être de valeur : sa singularité.

Parce qu’au final, nous ne sommes pas appelées à être semblables à une bande de poupées fabriquées à la chaîne dans les sous-sols d’une usine chinoise. Nous sommes appelées à dégager un parfum unique, propre à chacune.

Femme forte, femme masculine?

alex sef et chris

Alex Sef & Estelle Foli

J’ai récemment entendu une phrase qui m’a laissée un peu perplexe. Il s’agit d’une femme qui reprochait à son amie d’être trop forte. Le contexte prêtait peut-être à une telle affirmation, mais déplacé de ce contexte, cette phrase illustre une autre idée reçue bien ancrée dans les consciences populaires. Je cite : « Laureen, tu n’as pas besoin d’un homme, tu es un homme ». Qu’est-ce que cela pouvait bien dire ? La force de caractère rend t- elle une femme moins femme ? Une femme est-elle forte, ambitieuse et battante dans le seul but de se substituer à un homme ? (Je ne devrais pas avoir à le rappeler mais je rappelle quand même que nous ne confondons pas la force de caractère à une tendance à la brutalité ou aux mauvaises manières).
Si l’on emmène même ce terme dans un contexte physique, une femme physiquement forte en est-elle moins femme ? Une vraie femme est-elle censée être une pauvre petite chose, toute faible et molle ? Si c’était le cas l’espèce humaine serait en réel danger d’extermination, puisque le seul fait de pouvoir garder en soi une vie, et puis de pouvoir la faire sortir nécessite une force physique et mentale que l’on n’imagine pas. « N’importe qui peut être une fille mais il faut avoir des couilles pour être une femme ».  Cette phrase a beau être trash, elle n’en demeure pas moins vraie.
Autre chose, si la force de caractère ou la force physique était opposable aux concepts de femme et féminité, nous éviterons dorénavant de considérer les sportives de haut niveau comme faisant partie de la gent féminine. Je n’oserai même pas parler des bodybuildeuses, je ne tiens aucunement à soulever une polémique stérile.

Ce qu’il faut retenir…

photo Desigual

Crédit photo: Desigual

En pantalon ou en jupe, maîtrisant les techniques de contouring ou plutôt adepte de simplicité, ronde ou filiforme, foncée, claire, robuste ou non, femme au foyer ou working girl, chaque femme a sa place et peut transcender les limites posées par notre société en optimisant son potentiel.

Cette citation de Coluche vaut ce qu’elle vaut, mais lorsque vous vous sentez envahies par des torrents de complexes liés à votre apparence, rappelez-vous que « La bonne taille c’est quand les pieds touchent le sol ».

Aimez ou du moins apprenez à aimer votre enveloppe corporelle et prenez en soin. L’assertion selon laquelle le monde qui vous entoure ne commence à véritablement vous aimer et vous respecter que lorsque vous êtes arrivé à vous aimer et à vous apprécier vous-même n’est pas un cliché ; c’est un fait avéré. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’amour pour soi engendre la confiance en soi et une personne confiante en elle est une personne heureuse. C’est la bulle de bonheur que la confiance construit autour de votre personne qui attire. Aussi simple que basique.

Chacune d’entre nous aspire, j’imagine, à ce degré de maturation. Cette étape où l’on peut se regarder dans un miroir et aimer l’image qui nous est renvoyée. Le processus étant progressif, pourquoi ne pas l’entamer en répertoriant ces choses que vous aimez le plus sur votre physique et en mettant une emphase sur elles ?

Pour ma part, j’ai un jour commencé par ma magnifique touffe de cheveux, puis ma peau sèche mais joliment teintée de brun, ensuite mon nez, puis mes lèvres… J’en suis même arrivée à aimer ma petite taille (n’est-ce pas que les petites choses sont les plus mignonnes ? 😊 ).

Il est donc possible que vous arriviez à apprécier les « défauts » qui autrefois vous donnaient envie d’éteindre la lumière lorsque vient le moment de dévoiler votre corps. D’ailleurs, ce sont la plupart du temps ces détails qui vous singularisent.

Revenons à l’essentiel Mesdames. Prenons aujourd’hui la décision de retirer au monde tout ce qu’il a volé à nos mères et ce qu’il a voulu nous voler à nous. Faisons taire les voix aussi bien intérieures qu’extérieures qui nous limitent, et le ciel ne sera pas assez vaste pour contenir nos accomplissements.
Vous n’avez pas besoin que le monde vous décerne une couronne pour vous sentir reines.

So ladies, feel free to be yourself. Because all of you are QUEENS…

 

1- Le kilt est un habit traditionnel porté par les hommes des Highlands, les Hautes Terres d’Écosse, comme d’autres porteraient un pantalon. Le kilt est généralement une jupe portefeuille plissée.

2 Commentaires

  1. Tout ma vie, j ai des suites de phrases qui voltigent dans ma tête telles des lyrics d une chanson populaire… , … Des phrases venant de ma propre famille, m obligeant au fil du temps à taire mon moi au profit des caprices de la société.
    Par ce blog que j ai lu ,relu et aimé j ai pu enfin sortir mon ouf de soulagement, Je tiens juste à t écrir un MERCI , sincère et franc. Tu as tout mon soutient.

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