Les recettes culinaires africaines et leurs ramifications familiales

Entre africains vivants à l’étranger, il y a des projets qui se taisent. Certaines règles sont tacites et bien connues de tous. Malheur à qui décide de l’outrepasser, il se verrait exposé aux conséquences de sa désobéissance ! Bon j’exagère peut-être un peu 😀 .
Parmi les projets dont il est question ici, il y a celui de partir en vacances en Afrique. 
Lorsque vous commettez la grosse erreur de faire part à des amis ou connaissances de votre projet de voyage vers l’Afrique (que ce soit pour les vacances ou pour une quelconque autre raison), soyez sûr de voir débouler sur vous une avalanche de commandes et de requêtes… « Tu me ramènes du piment noir s’il te plaît? », « ma couturière m’a confectionné quelques tenues en wax, tu me les ramène s’il te plait ? » ou encore « je demanderai à ma tante de te donner quelques boules d’atiéké pour moi » et ainsi de suite.

C’est ainsi qu’il y a quelques jours, j’ai reçu la visite d’une amie qui revenait de vacances du Togo. Ah mon beau Togo! Ses belles plages ensoleillées, sa généreuse et excellente cuisine, ses marchés bruyants et noirs de monde, ses rues éclatantes de vie et de couleurs…
Malgré elle – et surtout sur mon insistance, je l’avoue – elle a due embarquer avec elle quelques kilos d’ingrédients que ma mère, en bonne maman africaine, a soigneusement sélectionné pour moi. Parmi ce savoureux lot se trouve tout ce qu’il me faut pour concocter ma sauce préférée, « Adémè », autrement nommée « Corète potagère ». 
En bonne amie (et surtout pour déculpabiliser), il a fallu que je me mette aux fourneaux pour lui faire goutter ma fameuse sauce.
Et voilà comment m’est apparue une évidence : il existe en Afrique, pour un même plat, autant de recettes que de familles.

Ingrédients sauce Adémè par Afrique.fr

Ingrédients sauce Adémè/ Crédit: Afrique.fr

Prenons l’exemple de la sauce d' »Adémè ». Pour moi  -et selon ce qui m’a été appris par ma mère- cette sauce se prépare toujours en deux étapes. La première consiste à faire bouillir les feuilles afin d’obtenir la matière gluante qui est la base de notre recette (défense de faire « berk »! C’est gluant mais c’est très bon 😀 ). Dans la seconde étape, il faut réaliser un bouillon assaisonné d’épices, de l’incontournable piment vert, d’huile rouge (huile de palme) de poissons fumés, de viandes et de fruits de mer de toutes sortes (crabes et crevettes le plus souvent). C’est seulement après ces deux étapes cuisinées séparément qu’on procède au mélange final des deux préparations, et, à partir de là, la fameuse sauce peut être servie accompagnée bien sûr d’une gigantesque et homogène pâte de farine de maïs. Vous voilà prêts à atteindre un paradis gustatif fait d’umami et de senteurs indescriptibles 😉 ).

Vu mon degré inhabituel d’application à la tâche, je ne m’attendais pas à ce que mon amie puisse soulever quelque contestation que ce soit contre ma méthode en deux étapes, qu’elle trouvait « franchement trop longue », mais ce fut le cas. Elle m’expliqua que chez elle, c’est à dire dans sa famille, cette sauce a toujours été préparée avec des feuilles de corètes préalablement découpées et bouillies avec du bicarbonate pour faciliter leur ramollissement. Ensuite, les ingrédients cités plus haut sont successivement incorporés dans la sauce et laissés au feu pendant quelques minutes supplémentaires, le temps que les senteurs et les goûts s’entremêlent. J’ai donc un peu plus tard entrepris quelques recherches sur des sites spécialisés en cuisine africaine où je découvris bien d’autres recettes de ladite sauce.

Plat de pâte de maïs et sauce Adémè/ Crédit: Africa colours

A la base de la cuisine africaine, on trouve les ethnies, ce sont elles qui sont aux racines des différentes recettes existantes. Celles-ci sont détentrices d’habitudes culinaires ancestrales et spécifiques qui se retrouvent ramifiées à travers les cellules familiales qui y ajoutent chacune leurs touches, d’où la diversité des recettes.
Ce qu’il faut donc retenir, c’est que l’art culinaire africain est incroyablement éclectique, très varié, et cela n’est guère étonnant puisqu’il est à l’image de sa population, de ses ethnies et de ses langues.

Adémè, Atiéké, Dokonu, Ndolè, Fumbu… Existe-t-il chez vous également de ces plats aux mille et une recettes? Si oui, sentez-vous libre de les partager avec nous. 🙂

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