Faites comme chez vous!

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Il est impossible de parler du mode de vie africain sans faire un clin d’oeil aux célèbres « cours communes » fortement ancrées dans l’urbanisme de plusieurs pays, en particulier ceux subsahariens.

Les cours communes sont des habitations à loyers relativement modérés et les locataires y jouissent très peu voire pas du tout des joies de l’intimité dont bénéficient les heureux propriétaires de maisons privées communément nommées « villas ». Ceux-ci sont en effet appelés à partager avec les autres locataires non seulement une même cour, mais aussi et dans la plupart des cas, les mêmes installations sanitaires et même plus si affinités 😅.

Entré-couchés*, chambres-salons, deux chambres-salons pour les plus cossus (ou parfois, simplement les plus nombreux), cours moyennement spacieuses ou soldierlines*…, les modèles de cours communes sont moult et il y en a pour tous les goûts (ou pour toutes les bourses devrais-je plutôt dire).

Une personne n’ayant pas fait l’expérience ne comprendrait sûrement pas la portée de la chose, mais Dieu sait que la vie en cour commune n’est pas de tout repos.

L’un des points positifs c’est qu’on y a rarement l’occasion de s’ennuyer. Entre divers rebondissements tels les fréquentes disputes de couples ou de voisins et les nuisances sonores répétitives, l’ambiance y est souvent électrique. Du coup, lorsqu’on n’est pas du genre à faire des concessions ou que l’on est d’un tempérament bagarreur, les choses font vite de partir en cacahuète.

Au delà de ce tableau peu attrayant, et contrairement à ce qu’on peut imaginer, il existe quelques avantages à ce mode de vie qui malgré tout reste bien entendu plus une contrainte qu’un choix (il ne faut pas exagérer non plus).
En effet, l’enfance en cour commune est l’une des plus formatrices, des plus mouvementées et aussi des plus joyeuses. Quand on est un gosse, on est forcément heureux de vivre dans la même concession que quelques uns de ses camarades d’école, de partager avec eux des moments de jeux, des repas et de passer les fêtes de fin d’année entre plusieurs foyers. On a en fait constamment l’impression de vivre dans une colonie de vacances entouré de frères, soeurs, cousins et cousines. On se sent même privilégié. Bien entendu, les rivalités et querelles entre les gamins ne sont pas rares non plus. Le critical point* reste tout de même l’adolescence ; cette période où l’on a besoin de plus d’espace, d’intimité, d’attention et où l’on est en perpétuelle compétition avec tous les autres du même âge. l’adolescence est l’une des périodes les plus difficiles à vivre quand on habite une cour commune et, par conséquent, on possède rarement, alors là vraiment très rarement sa propre chambre. Le summum des ennuis c’est quand on fréquente une école dont la majorité des camarades a un niveau de vie nettement plus élevé et ignore donc les contraintes du mode de vie qu’est le vôtre. De là naissent malheureusement plusieurs complexes. En plus de la honte et du mépris de la maison, on ressent un sentiment d’injustice, on en vient même par moment à en vouloir aux parents.

Malgré tout l’inconfort que la vie en cour commune peut comporter, il faut reconnaître qu’on y forge vraiment son caractère. On devient parfois plus sociable, on attise son désir de se surpasser pour offrir mieux à sa progéniture et on est amené à se battre pour réaliser quelque chose de propre à soi. On est doublement motivé et parfois contraint d’être précocement mature.
Il ne faut pas non plus oublier que les cours communes reflètent beaucoup mieux le mode de vie originel africain caractérisé par une forte mitoyenneté et un sens naturel du partage.

Bonne ou mauvaise, cette expérience a un impact sur la personnalité. On en sort plus solidaire (ou malheureusement plus nuisible pour une certaine catégorie d’individus…), plus apte à se passer de certaines commodités lorsque les circonstances l’exigent, plus fier de ses accomplissements malgré les difficultés relatives à ce mode de vie et certainement plus conscient de certaines réalités. On y puise même parfois l’inspiration pour écrire des articles. Alors comme dirait l’autre, «N’est ce pas grandiose?» 😉

Entré-couchés*: Appellation communément employée au Bénin et en Côte d’ivoire  pour désigner les logements constitués d’une seule pièce.

Soldierlines*: Appellation communément employée au Togo pour désigner les cours communes comportant un nombre pléthorique de logements et donc laissant peu de place à une cour.

Critical point*: Moment ou point critique, crucial.

16 Commentaires

  1. C’est fou que je me suis retrouvé dans ton billet…
    Le « hôhaya homé » est une vie fabuleuse et riche en expériences diverses et insoupçonnées.
    Tu as rappelé le « kitika point » et « sôdjalanyine » lol…
    La promiscuité y génère aussi beaucoup de choses comme les amours cachés que tout le monde découvre voire même des grossesses précoces…
    Merci là bas

  2. Sacré « cour commune »! Mais, il faut avouer que s’il faut faire le choix entre cour commune et villa, tout le monde optera pour la villa. Le modernisme aidant. Merci de me rappeler mon lointain quotidien. Afi, Bienvenue dans la grande famille Mondoblog!

    1. Merci Yves. C’est clair que tout le monde optera pour la villa. Il y a même des jours où tu te demandes ce que tu as fais pour atterrir dans une maison pareille, lol. J’en ai quand même quelques bons souvenirs 🙂

  3. Quel article!
    J’ai une question: Tu t’es sentie complexée par rapport à tes camarades de classe du fait d’avoir vécu dans ce type d’habitations?

    1. Ah oui, surtout quand j’ai entendu une de mes camarades raconter que j’habitais dans une cabane, lol. Mais à un moment donné et avec un peu de maturité, c’était devenu plus motivant que complexant. 🙂

  4. Ahhh super et merci!! On crois vivre des situations difficiles à un moment donné de notre vie mais il est fort de constater que si tu n’avais pas vécu ça tu ne saurais aussi bien le raconter aujourd’hui avec tant de vivacité et de vérité ! !✌✌

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