Médecine traditionnelle africaine: un secteur à ressusciter

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La population africaine avant l’esclavage est estimée à plus de 800 millions, et après l’esclavage elle avoisinnait les 250 millions. Vous conviendrez avec moi que pour qu’une population atteigne 800 millions il faut qu’elle bénéficie d’une situation sanitaire assez solide.

La question est de savoir la nature du système sanitaire dont bénéficiaient nos ancêtres. On ne me dira pas qu’ils se soignaient au Paracétamol et à l’Aspirine. J’en douterai très fort. D’autant plus que des produits comme la Lomidine, administrés de force pendant la colonisation aux populations dans le prétendu but de les guérir de la « maladie du sommeil » a plus servi à les exterminer qu’autre chose.
Quoi qu’il en soit, il est clair que les recettes utilisées ont été efficaces, au point d’avoir pu maintenir en vie et en bonne santé des millions de personnes, dont des hommes et femmes plus tard jugés assez robustes pour être déportés sur des terres étrangères afin de mettre malgré eux leur robustesse au service du développement de leurs oppresseurs.

Médecine traditionnelle et savoir-faire africain

Tradipraticien (Wikimedia Commons)

Je me rappelle avoir vu tout au long de mon enfance, mon grand père paternel se soigner à l’aide de plantes qu’il ramenait avec lui lors de ses visites et avec lesquelles il concoctait ses décoctions. Je ne saurai malheureusement nommer les plantes en question, je regrette que mon jeune âge à l’époque m’ait empêché d’y accorder l’importance qu’il fallait.
Il est évident que par les plantes, les fruits, les racines et écorces, l’Afrique détient un savoir faire en matière de santé. La nécessité de se tourner vers les garants et détenteurs de ce savoir afin de le valoriser, d’en moderniser les aspects qui mériteraient de l’être et d’en tirer le plus grand bénéfice n’est plus à démontrer.
Étant tous ou presque conscients de ce fait, je me pose les questions suivantes : Pourquoi rien n’est fait dans ce sens? Pourquoi ce domaine pourtant économiquement vital est-il tant négligé? Et pourquoi le domaine de la recherche en général est aussi peu estimé chez nous?
La réponse m’a semblée évidente lorsqu’il y a quelques jours j’ai suivi une publication dans laquelle des médecins congolais se plaignaient d’avoir été empêchés par des responsables de firmes pharmaceutiques d’informer le public  sur les résultats d’une étude menée sur une tisane (Artémisia) dont les vertus antipaludéennes sont jusqu’alors inégalées. Rappelons que le paludisme encore appelé malaria est l’une des maladies les plus meurtrières en Afrique et que certains médicaments importés ont montré leurs limites et même pour certains comme le Lariam, leur caractère nuisible en la matière.
On est donc en droit de se questionner sur les raisons valables qui ont poussé les autorités sanitaires à empêcher la poursuite et la divulgation des recherches sur cette tisane en RDC, une situation d’ailleurs fréquente en matière de découverte de médicaments révolutionnaires en Afrique.Voici donc le topo : On commence par faire de l’Afrique une poubelle à médicaments contrefaits qui tuent à petit feu les populations puis on empêche ces mêmes populations de fabriquer leurs propres médicaments.
Après analyse des faits, la conclusion est celle-ci. Il s’agit d’abord de l’expression de la corruption des autorités sanitaires des différents pays africains abritants ces découvertes et ensuite de l’impitoyable politique capitaliste des institutions internationales dites dédiées à la santé mais dont le soucis premier s’avère être le gain financier généré sur le dos de pauvres patients.

Exemples en matière de valorisation de la médecine traditionnelle africaine

Plantes médicinales (Pixabay creative commons)

Ils sont rares en Afrique, ces pays qui prévoient une place pour la médecine traditionnelle. Ce manquement constitue une brèche par laquelle beaucoup d’imposteurs et de malfrats se déguisent en tradipraticiens et infiltrent le domaine puis le décrédibilisent à travers leurs diverses exactions. Ils y jettent ainsi une couche supplémentaire de suspicion et de méfiance.
Mais sonnez trompettes, battez tambours!!! Il existe bien quelques pays qui à travers leur politique ou leur culture ont accordé à cette médecine trop souvent diabolisée une place de choix. Il s’agit entre autres du Bénin et du Ghana.

En Afrique, contrairement aux sociétés occidentales, la pharmacopée tradidionnelle est presque systématiquement consultée avant la pharmacie moderne. Ce fait est peut être dû aux coûts relativement abordables des médicaments traditionnels et à leur accessibilité.
Le Bénin fait partie de ces pays où le premier réflexe qu’on a lorsqu’on sent un malaise est de se diriger vers les plantes environnantes. La population béninoise est d’ailleurs caractérisée par son profond ancrage dans la tradition (il n’y a qu’à observer le code vestimentaire béninois pour en arriver à cette conclusion). Pour cela, les découvertes locales y sont assez souvent promues et vulgarisées. Ce fut l’exemple de l’Api-Bénin du docteur Valentin AGON, spécialiste béninois en médecine verte.
Ensuite, il y a le Ghana où d’énormes progrès ont été effectués ces dernières années en matière de régularisation du statut de la médecine traditionnelle. Les autorités gouvernementales ont en effet mis en place un cadre politique permettant aux tradipraticiens d’exercer leur métier dans des limites et des conditions bien définies. Ils ont ainsi favorisé l’épanouissement et encouragé l’innovation au sein du secteur.

La médecine traditionnelle fait partie intégrante de l’identité socio-culturelle africaine. Contrairement à la Chine qui en a fait un tremplin mondialement reconnu et qui en tire d’importants bénéfices financiers, le domaine a longtemps été marginalisé sous nos cieux. Il est temps qu’il soit repensé et que l’attention qui lui est due lui soit accordée.
On ne le dira jamais assez, l’Afrique a un besoin impératif de sortir de ce schéma de pensée aliénant qui consiste à diaboliser, à sous estimer et à fouler du pied les réalisations locales car elles sont censées représenter sur l’échiquier mondial la productivité et l’authenticité qui nous caractérisent.

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