Nous, gens de la rue …

Crédit photo: Philipp HamediCrédit photo: Philipp Hamedi

Connaissez vous au moins une ville africaine ? Si la réponse est oui, c’est que vous avez déjà été témoin du foisonnement humain dans les rues. Foisonnement dû à la pratique pour le moins atypique d’une multitude de corps de métiers comme la restauration, la cordonnerie, la vente…

Tour de piste :

Les petits mets de la rue…

Dans une rue africaine digne de ce nom, vous rencontrerez forcément une dame au visage aussi rond et huilé que tout le reste du corps, aux yeux vifs et souvent cernés par la fatigue, aux lèvres naturellement pulpeuses (eh oui c’est Dieu qui donne ! 😋), aux bras souvent débordants de sa camisole à manches courtes achetée il y a déjà quelques mois au grand marché des friperies. Elle est drapée de la taille aux mollets d’un pagne aux motifs savamment entremêlés et teintés de couleurs chatoyantes. Oui, vous l’avez sûrement vue. Cette dame, réglée comme une horloge à force de se réveiller à l’aube depuis tant d’années pour procurer à sa famille le pain quotidien. En faisant quoi ? En mijotant des plats qui seront le petit déjeuner de nombreux passants, d’une ribambelle d’élèves mais aussi d’apprentis, d’artisans et même de bon nombre de fonctionnaires.
Nul n’échappe à sa casserole ! Elle, c’est la fameuse restauratrice du quartier.
Un peu de riz, des pâtes, des haricots, un soupçon de bananes plantains, du fromages et des poissons frits, des oeufs durs, de la sauce tomate souvent très pimentée et pour couronner le tout, quelques sachets d’eau fraîche, ou de jus de bissap pour certains ou encore de jus de citron pour d’autres. Cette dame est donc celle qui « ambiance » la rue dès le matin, bien sûr avec quelques autres, femmes ou hommes restaurateurs qui attirent autour d’eux une foule avide de saveurs.

Crédit photo: Anne RuthmannCrédit photo: Anne Ruthmann

Le cordonnier, cireur et réparateur de chaussures…

Si vous n’avez pas eu la chance d’apercevoir notre fameuse dame ronde du matin, peut-être parce que vous êtes un lève-tard comme moi 😉, vous avez forcément dû faire la connaissance au coin d’une ruelle de ce bonhomme, quelque peu maigrichon, à la tête couverte d’un chapeau datant visiblement d’une époque très lointaine et toujours armé d’une boîte et d’un bâtonnet en bois. Cet homme est tout sauf coquet mais « qu’est ce que ça fait? » puisque, de toutes façons, ses vêtements -déjà loin de respirer la propreté- seront encore plus tâchés d’ici la fin de sa longue journée de travail par d’épaisses couches de cirage, pièce principale de sa fameuse boîte à outils. Il est simple et chaleureux, mais aussi parfois grincheux. Qui ne le serait pas à sa place ?
Lui, c’est le cireur de chaussures. Vous le retrouverez dans presque toutes les ruelles de la ville.
Même lorsque vous serez entrain de vous prélasser dans votre chambre, vous ne risquerez pas de louper son passage, car nul n’est à l’abri des bruits stridents que produit le contact entre sa fameuse caisse et le bâtonnet lui servant de sonnette. Ce bruit, devenu tellement familier aux gens du quartier, qu’ils ne remarquent plus la cadence mélodieuse qui en ressort.

Non non non, vous n’allez pas me dire que vous l’avez loupé lui aussi 😨…

En même temps, c’est n’est pas improbable, puisqu’il y a de ces jours où le soleil frappe tellement fort que même le cireur de chaussures, pourtant habitué à braver les rayons aveuglants de la star de la journée, se trouve contraint de s’abriter sous le hangar « restaurant » que la dame ronde du matin a déserté après avoir terminé son service du jour.

Crédit photo: Biola AdigunCrédit photo: Biola Adigun

 

Les messieurs aux chariots…

Il y a aussi cette bande d’hommes, les uns plus âgés que les autres, souvent vêtus d’un ensemble qui met en évidence leur appartenance religieuse (boubous et têtes enturbannées plus précisément). Ces messieurs sont pour la plupart originaires du Sahel et sont nommés zamarama ou médjira selon les lieux. On retrouve dans plusieurs villes d’Afrique des spécimens les représentant. Telle une colonie, ils se déplacent toujours en binôme ou en trinôme malgré la similitude de leurs marchandises, composées la plupart du temps de petits objets divers, allant de la multiprise électrique à la corde à sauter. En plus de cela, ils ont le monopole du commerce de dattes. Apparemment, au sein de leur communauté, la solidarité prédomine sur la crainte de la concurrence. La bande de vendeurs à la sauvette fait donc elle aussi partie du vaste paysage de la rue africaine.

Crédit photo: Happuc PhotographyCrédit photo: Happuc Photography

Ainsi donc cette palette d’individus et bien d’autres encore (la liste est loin d’être exhaustive) composent la rue africaine. Leur mode de vie, leur profession, leur courage et leur sens de la débrouillardise, font des rues africaines un espace constamment vivant, vivace, mouvementé, animé et parfois scénique (c’est bon, j’arrête avec les synonymes 😂).

Ambiance : anime.

8 Commentaires

  1. Je peux dire sans risque de me tromper que je me retrouve en toi. Dans les types de sujets que tu abordes et aussi dans le style. Bon je ne me décris pas comme un modèle hein.
    Mais quand je te lis, c’est ce que je ressens.
    Belle plume et belles inspirations à chaque fois

    1. Tu n’imagines pas le plaisir que ça me fait de lire ce genre de commentaires. C’est encourageant, c’est motivant, c’est stimulant…(j’ai attrapé le virus des synonymes 😀 )
      Merci énormément 🙂

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